Les concerts sous casques

"Tout est parti du casque, et de l'envie un peu folle de convier un auditoire à une écoute concertante exclusivement sous casques... Symbole d'une forme d'individualisme et de déficit de communication, le casque n'en est pas moins un formidable outil au service de l'écoute, exhausteur de sensations auditives et porte ouverte sur l'imaginaire. Il permet également d'être au plus près de la production du son, de ses transformations, de ses nuances, de la présence de la voix... Ainsi, malgré la banalité de l'objet casque, proposer un spectacle dont le contenu est exclusivement diffusé à travers un réseau d'une centaine de casques constitue une expérience profondément originale pour le spectateur, où l'intime le dispute au collectif, où le théâtre rejoint le concert, où l'art radiophonique se mue en cinéma pour l'oreille. Où l'on s'aperçoit que consacrer 1 heure à l'écoute demeure une démarche choisie, singulière et enrichissante."

Le dispositif d'écoute
 Les concerts sous casques mêlent musiques acoustiques, électroniques et voix parlée (autour de textes narratifs, poétiques, documentaires...), dans un dispositif singulier pouvant accueillir jusqu’à 160 spectateurs pour une écoute exclusivement sous casques. La compagnie est propriétaire de l’ensemble du dispositif et le met à votre disposition. Ces spectacles peuvent être donnés sur la scène d’un théâtre ou dans des lieux plus atypiques : Un hall, une médiathèque, un gymnase, une salle de musée, une place, un jardin…
Rompant avec les codes traditionnels du spectacle, spectateurs et artistes sont mélangés sur l’aire de jeu, le dispositif d’écoute au casque permet à l’auditeur/spectateur de s’abandonner entièrement à une écoute rêveuse, où l’infiniment petit est entendu, et où l’oeil n’est pas prioritairement sollicité, dans une qualité d’écoute totale.
Cinéma pour l'oreille et création radiophonique
Cette approche de la création musicale associée à la dimension narrative du texte confère au spectacle une dimension à la fois cinématographique et radiophonique.
Cinématographique au sens où nombre de spectateurs évoquent, depuis L'histoire de Clara, ce "film intérieur" qu'ils vivent à l'écoute de ces concerts sous casques. Cette capacité à "visualiser" le sonore, théorisée sous le nom d'image mentale, est en effet caractéristique de l'écoute, et entraîne souvent les spectateurs à se laisser aller totalement à la rêverie, pour un moment exclusivement consacré à la liberté de l'imaginaire.
Radiophonique également, car ces concerts s'inscrivent résolument dans la tradition du hörspiel. Littéralement "Jeu pour l'oreille", ce genre musical est né en Allemagne sous l'impulsion d'artistes désireux d'aborder la composition de manière nouvelle au sein de radios nationales ouvertes aux productions inventives et sophistiquées.
Parmi ces artistes, Mauricio Kagel définit cette "poésie sonore" dans les termes suivants: "L'une des grandes différences entre la musique absolue et l'art radiophonique, c'est que dans le premier cas, il est rare de pouvoir parler "d'espace". L'art radiophonique réside principalement dans l'insertion de plans acoustiques qui sont eux-mêmes nés de la transposition de situations et d'espaces familiers à l'auditeur."
Le Hörspiel s'apparente donc à un vaste terrain d'expérimentation du son sans hiérarchie entre paroles, musiques et sonorités assemblées au sein de ces œuvres musicales avec la plus totale liberté et selon les seules règles du plaisir de l'ouïe.
Parfois proche d'un théâtre sonore aux multiples excroissances, le Hörspiel se régénère toujours à l'imaginaire de ces auteurs et s'affirme par un art du vagabondage sonore assumé.
Les voix de la narration
Art du temps dont les deux piliers sont donc le cinéma et l'art radiophonique, les concerts sous casques, lorsqu'ils sont narratifs, c'est à dire construit à partir d'un texte porté par un(e) comédien(ne) revêtent également une forte dimension théâtrale.
Le (la) comédien(ne) a une place singulière, puisque son jeu scénique s'efface au profit de la voix. Pourtant, la force de l'incarnation est réelle, tant les nuances du dire se répercutent dans l'univers sonore en binaural.
Cette "voix", centrale dans la construction de la narration, demande un travail face au micro tout à fait spécifique, dans la nécessité de renouveler tout au long du concert le dialogue étroit qu'elle entretient avec les instruments et l'ensemble des textures sonores. La voix  est elle-même traitée comme un instrument, pour son timbre, ses transformations ou son caractère rythmique. En ce sens, elle en devient presque acousmatique, la source d'origine disparaissant au profit de l'élaboration en live de ces plans acoustiques (chers à Mauricio Kagel) dont le casque est le révélateur idéal.